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Du code, des mots, des livres.

Employer LaTeX est-il un signe d’amateurisme ?

Étienne Nadji
24/10/2021 à 20h

J’ai une mauvaise nouvelle pour les utilisateurs de LATEX. Ils ne sont pas des professionnels. Oh, bien sûr, certains ont rédigé des « thèses », des « mémoires » etc. Mais il faut se rendre à l’évidence : si vous employez LATEX pour écrire quoi que ce soit, vous n’êtes pas compétents, que ce soit en recherche ou en écriture.


Bon, trêve de plaisanteries. L’emploi de LATEX, de LibreOffice, de Microsoft™ Word®, etc, pour écrire ce que vous voulez ne dit rien de la qualité de votre travail, ou de votre démarche. L’ânerie caractérisée du paragraphe ci-dessus avait simplement pour but de donner une idée la violence que peuvent se prendre dans la tête certains auteurs parce qu’ils utilisent un logiciel de traitement de texte. Cela vaut aussi pour les chercheurs qui n’utilisent pas de logiciels de gestion de bibliographie, qui emploient un tableur en tant que base de données ou qui préfèrent encore un logiciel privateur à un logiciel libre.

« Oh tu as passé plusieurs années de ta vie à plancher sur ta thèse ? Comment, elle est écrite avec Word ? Mais enfin, tu n’es pas une vraie chercheuse ! »
Discours de la sous-merde élito-techniciste

Les raisons pour lesquelles certains éditeurs n’utilisent pas LATEX (et qu’il serait parfaitement fainéant de résumer à de la « peur du progrès », de la « résistance au changement », etc), j’essaierai d’en parler plus tard, le billet en question a déjà été évoqué et est en bonne voie. Quant aux auteurs, il serait bon de leur lâcher la grappe sur leurs choix d’outils.

Statut Twitter : « Une thèse sous Word c’est de l’amateurisme. Le format en latex est du professionnalisme »
L’énième jugement à l’emporte-pièce à l’origine de ce billet d’humeur.

Ce qui n’empêche nullement de les inciter à mieux les utiliser. Si vous tenez tant que ça à ce que des auteurs emploient les outils qui vous plaisent, penchez-vous un peu sur leur condition, leurs besoins, accompagnez-les, payez leur une formation, dégagez-leur du temps pour apprendre ce qui ne relève pas strictement de leur métier. Et si vous ne voulez pas faire ça, fermez-la.

En tant qu’éditeur et libriste, je préfère recevoir un manuscrit bien écrit sous Microsoft™ Word® que brouillon sous LATEX. En dehors de certains problèmes que LATEX pose à l’éditeur, peut-être que le temps employé par l’autrice ou l’auteur aurait mieux été employé à exprimer son discours de manière plus claire, plus structurée – ce qu’aucun logiciel ne facilite vraiment.

Idéalement, la connaissance des outils de rédaction ne devrait pas tant importer en édition – la matière première des auteurs et autrices, c’est le discours, et c’est à cela qu’il faut juger leur travail. Dans les faits, les auteurs et autrices doivent bien se plier à des formats, à l’emploi de certains outils. Mais il s’agit de formats et d’exigences lorsque le texte est à l’état d’être rendu. Libre aux auteurs et autrices d’employer ce qu’ils et elles veulent avant.

Entre le texte écrit et ses versions publiées, il y a toute une chaîne de métiers, d’attentes et de besoins différents. Ramener sa fraise en ignorant tout ce contexte, en plus d’être profondément irrespectueux du travail accompli, c’est ignare.