Les pratiques urbaines d’Internet m’emmerdent

Par « pratique urbaine d’Internet », j’entends celles qui considèrent le haut-débit comme une évidence; sans doute une évidence qui ne vaut que parce que les pratiquants n’ont jamais mis leurs pieds à la campagne. Les pratiques urbaines peuvent de ce fait énerver également des urbains (incroyable, habiter en ville n’est pas la garantie d’un bon réseau).

Si le titre de ce billet ne vous l’a pas fait comprendre : je suis de mauvais poil, et je vais être un chouïa ordurier.

Par « pratique urbaine d’Internet », j’entends celles qui considèrent le haut-débit comme une évidence; sans doute une évidence qui ne vaut que parce que les pratiquants n’ont jamais mis leurs pieds à la campagne. Les pratiques urbaines peuvent de ce fait énerver également des urbains (incroyable, habiter en ville n’est pas la garantie d’un bon réseau); et en pourcentage de mon temps passé dans une ville d’au moins 2000 habitants, malgré mon attachement à la région Centre-Val-de-Loire, j’en suis un.

Avant d’en venir au vif du sujet, je vous conseille de voir la conférence « Dear Developer, the Web Isn’t About You », présentée par Charlie Owen1 à Paris Web 2018.

Vos raccourcisseurs d’urls me font chier

Les raccourcisseurs d’urls, c’est une idée de génie. Non. Alors j’entends bien que sur des réseaux sociaux limités à la Twitter2, ça puisse vaguement être utile. Mais sur des sites de presse, dans des articles, des billets de blog ? Vous êtes sérieux ?

Moi, vos redirections me font chier : elles m’empêchent de faire rapidement des marque-pages, elles rallongent le temps que je mets à obtenir la page, et comme le lien final est inaccessible (désolé, mais une URL un peu longue, ça renseigne toujours plus qu’un t.co/nq5tg ou bit.ly/QGHzw3), je ne sais même pas sur quelle page je vais vraiment tomber.

La lecture sur le web avec un réseau nul, c’est un parcours et un calcul de ressources. Si je veux faire deux choses en même temps avec ma connexion, je dois faire des genres de calculs. Quand je vois un vrai lien hypertexte, je peux à peu près estimer s’il va me pomper beaucoup de réseau ou pas, si le site sur lequel on me renvoit est une bouse avec 10.000 scripts javascripts, des images ultra-lourdes et 25 traqueurs4 si on n’a pas un kit d’hygiène anti-pub. Avec un « lien court », non.

Non, je ne veux pas de tutoriels vidéo

Il y a des choses qu’une vidéo explique mieux que du texte et des images. Je comprends bien que voir une personne éplucher une cucurbitacée5, c’est plus parlant que quelques photographies montrant la position des mains, etc.

Mais quand il s’agit de procédures informatiques, aussi compliquées soient-elles, des captures d’écrans et du texte font très bien l’affaire.

Or les tutoriels vidéo dont le sujet ne nécessite pas la vidéo sont une plaie cognitive et ergonomique :

  • on ne peut pas naviguer dedans facilement (bonjour la bufferisation qui plante), et jamais aussi facilement et rapidement que la technologie du sommaire6 le permet.
  • la qualité de la vidéo est régulièrement insuffisante (480p, c’est le minimum pour avoir du texte lisible, et encore).
  • pour les récupérer et s’en servir en hors-ligne, ça pompe du réseau (merci youtube-dl et wget, au passage). Avec un tuto texte/image, on enregistre la page au complet, et basta.
  • ah, et si on parvient à suivre le tuto en ligne, il peut être interrompu par de la pub. Sauf qu’entretemps, la vidéo, celle qu’on voulait regarder, peut NE PAS SE RELANCER.

Si votre tutoriel ne nécessite vraiment pas, comme l’épluchage de cucurbitacées, de vidéo, si vous ne donnez pas une version texte/image équivalente, et que vous entêtez à faire des tutos vidéos : non seulement vous perdez votre temps à faire du montage vidéo, à les téléverser7, mais en plus VOUS ÊTES DES COLOQUINTES.

Rendez (l’argent) et les flux RSS / Atom

Les flux RSS / Atom, c’est facile à faire, on peut les lire partout, ils gèrent même les abonnements (les authentifications) aux contenus payants. Avec eux, on peut lire des articles, suivre l’activité d’un sujet ou d’une personne sans problèmes. Et après rafraichissement des flux, on peut le faire en hors-ligne. Et presque sans pub.

Mais pour les technoshadoks et les GAFAM8, c’est précisément pour ça que c’est pas bien, qu’ils les planquent ou les abandonnent. Tu veux te syndiquer à du contenu9 ? EXCUSEZ CETTE INTERRUPTION Bah niques-toi, crée un compte, qu’on puisse siphonner tes données personnelles, te balancer de la pub à chaque consultation de la page, oui, celle que tu aurais pu lire tranquillement, dans les conditions que tu aurais décidé.

« Pour qu’il y ait le moins de mécontents possibles, il faut toujours taper sur les mêmes »
En parlant de shadocks, voici un adhérent de LREM faisant état de sa pensée complexe

Une autre catégorie d’emmerdeurs en ce qui concerne les flux RSS / Atom : ceux qui tronquent leur contenu. Alors, certains ne savent même pas que les flux en question existent, d’autres ont oublié de régler leur Wordpress, ou un autre CMS, et on ne peut pas trop en vouloir aux ignares. Mais ceux qui ont fait ça de manière volontaire : ALLEZ VOUS FAIRE CUIRE LE CUL10, les flux RSS / Atom, ça sert à avoir tout le contenu. Éventuellement, après avoir payé pour ce dernier, mais TOUT LE CONTENU.

Transposons la situation IRL : vous achetez un journal (ou récupérez un journal gratuit à la 20 minutes, beurk); et pour chaque article, vous n’avez accès qu’au chapô et au premier paragraphe. Pour lire la suite, vous devez aller au siège du journal dans une salle spéciale avec des vitres sans teinte derrière lesquelles se terrent une palanquée d’espions de publicitaires. Je sais bien qu’il est tendance de remplir son agenda et de le laisser au concierge, mais quand même…

Des logiciels pour vraiment obtenir le contenu intégral d’un article, il y en a. Mais ce n’est pas comme si la technologie rencontrait des problèmes techniques qu’il faudrait corriger — RSS, Atom, fonctionnent très bien. Quel merveilleuse solution technologique que celle qui corrige les sabotages

Optimisez vos images, bande de busards St-Martin !

Une nouvelle fois, allez voir la conférence citée au début de ce billet. Les pages d’aujourd’hui sont PACHYDERMIQUES.

Les « applications » qui ne nécessitent pas vraiment Internet

Les smartphones, pas si smarts que ça, on en pense ce qu’on veut. Personnellement, après quelques années d’usage, ça m’a gavé, je suis passé à un téléphone, du genre Nokia 150.

Avant tout parce que la connexion Internet ne me servait à rien, et que les applications que j’installais via Google PlayFDroid ne le nécessitaient généralement pas. On ne fait rien avec. Comment je fais pour attendre dans les transports ? Hé bien, dans « livre de poche », il y a « poche ».

Mais il s’est trouvé des applications à chier qui ont besoin du réseau, alors que, franchement, elles pourraient fonctionner avec des données hors-ligne. Non, un GPS n’a pas besoin d’une connexion Internet constante, et OsmAnd~ s’en tire d’ailleurs très bien.

Sans parler des applications #Prétérition qui ne servent à rien, n’étant que des mini-navigateurs pour un seul site. De manière générale, les smartphones sont des prisons, et même des poisons créatifs.

On en fait des caisses sur le « nomadisme11 » (comprendre, l’exil forcé régulier), mais pourrait-on concevoir que le « nomadisme », la « liberté », c’est précisément ne pas s’en remettre au réseau, et bénéficier de l’informatique sans que le réseau ne soit une nécessité ? Les smartphones ont des disques durs, qu’ils servent.

Désolé, mais pour moi, l’avenir n’est plus la connexion. L’avenir, c’est le hors-ligne, quoi qu’il en soit et quoi qu’on fasse. Autant faire en sorte que ce soit vivable.

Notes

  1. Laquelle bosse pour Springer Nature, autrement dit le Satan de l’édition scientifique. Mais en dehors des éventuelles-et-obligatoires hagiographies de l’employeur, la conférence est très bien.

  2. À noter que ce n’est parce que tel ou tel réseau social « offre » plus de caractères qu’il est meilleur. Mastodon est très bien, mais le nombre de caractères n’en est pas la meilleure raison. Quant aux partisans de Pleroma, pour qui la limitation (assez lâche, quand même) de caractères de Mastodon est un argument et se targuent de leurs 5000 caractères par statut, qu’ils fassent des billets de blog.

  3. J’ai composé ces urls (encore qu’il manque https) au hasard. S’il y a un lien qui correspond, je sais pas ce que c’est, et je me dégage de toute responsabilité pour vos rétines.

  4. 25 traqueurs, c’est juste une page du Figaro, qui avec tant de subventions et l’appartenance à un marchand d’armes a certainement besoin de revenus publicitaires…

  5. Au hasard, parce que c’est un « travail manuel ». Et aussi parce que j’avais envie de caser « cucurbitacée » dans un billet de blog. Et oui, c’est un nom féminin.

  6. Oui, le sommaire est une technologie. Ce qu’on prend pour des machins allant de soi dans un texte est régulièrement de l’outillage inventé par des imprimeurs. Même les italiques et la graisse typographique ont à peine plus de 500 ans.

  7. Et même pas sur Peertube.

  8. Hé, les journalistes français, répétez après moi : « GAFAM ». Pas « GAFA ». Merci bien, c’est Microsoft qui revend vos déblatérations autosatistfaites linkediniennes.

  9. Se syndiquer à du contenu, c’est quand même mieux que de s’y abonner, voire de le suivre, non ?

  10. La cuisson appropriée n’étant pas saignant ou à point, mais plutôt semelle-tassée-après-une-randonnée.

  11. Le « nomadisme », c’est comme la « flexibilité », il faut un certain capital pour pouvoir l’exercer de telle manière à ce qu’il nous profite. C’est pas pour rien que c’est un blabla de cadres. Mais pour tous ceux qui ne l’ont pas, ce capital (et n’en déplaise à la mythologie libérale, ils ne l’auront jamais), c’est purement et simplement un synonyme d’oppression, d’appauvrissement.


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