Crapahutage, stress, confs et bonne humeur — les #RMLL2018

Les RMLL 2018 ont eu lieu à Strasbourg.

Ce week-end commençaient à Strasbourg les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre. Elles continuent jusqu’au 12, le programme est ici, je vous invite à y aller, c’est sympa. Je vais essayer de voir la captation du reste du programme, quand il y en a.

rejoignez les bénévoles si vous avez du matériel vidéo !

Comment limiter le pistage

La conf « Comment limiter le pistage » (sur les smartphones) était tenue par une association lycéenne, Elukerio. La manière de présenter montrait bien qu’ils étaient lycéens — ceci n’étant pas un jugement de valeur, bien au contraire. Le mouvement du logiciel libre est un mouvement technique et social, et tout mouvement social a besoin de lycéens motivés.

J’ai été ravi de voir tout ce qu’ils avaient pu faire : sensibiliser le public (Elukerio intervient apparemment en primaire), mette en place leurs propres services. Comme quoi les adorables andouilles qui se plaignent de l’apathie des lycéens avant de les sommer de retourner dans leurs lycées à la minute où ils font effectivement quelque chose (bonjour l’injonction contradictoire) ont définitivement tort.

Public money, public code

Public money, public code est le nom d’une campagne de la FSFE (fondation européenne du logiciel libre). Elle vise à ce que les administrations et les services publics, étant de cause publique, emploient du logiciel libre, que ce soit pour des raisons de liberté, de sûreté et de coûts (certains ne comprennent que le dernier argument).

Une conf plutôt intéressante où l’on a discuté de l’exemple de Barcelone, qui a plutôt radicalement changé sa politique en matière de logiciels (60% de logiciels libres)…

Et si on fabriquait notre bout d’Internet ?

La conférence de Korbak, membre d’Aquilenet — un FAI associatif aquitain membre de la FFDN — était plutôt enthousiasmante, malgré le constat de dépossession initial.

Comment faire son bout d’Internet, comment héberger chez soi ses données, comment rejoindre des structures qui peuvent aider à faire de l’Internet normal, en somme.

Cette conf m’a pratiquement convaincu d’aller causer au FAI associatif local, ARN. Ou pas. On verra si je parviens à sortir assez de ma grotte d’éditeur-numérique-programmeur-libriste-fan-de-baleines.

Du mètre à l’informatique : de l’importance des formats ouverts

En partant du système métrique, cette conférence a expliqué pourquoi les formats ouverts sont si importants. L’analogie est en effet plutôt bonne. Déjà libriste depuis un moment — et arrivé vers la fin de la conf, je n’ai pas appris grand chose, mais la conférence était tout de même très intéressante par son approche.

Éduquer pour une science ouverte (ma conf)

La semaine précédant cette conférence, le ministère a annoncé un plan pour la science ouverte, qui semble très volontariste, comprendre qu’il vaut mieux attendre quels moyens sont donnés à cette volonté politique affichée. On n’évite pas le jargon (« dynamiser1 » ne signifie rien), mais je suis assez curieux quelle définition réelle on va donner à ce passage :

Dynamiser nos presses universitaires et notre secteur éditorial qui feront le choix de l’accès ouvert.

En attendant que ça bouge, en tant que libriste et chargé d’édition numérique aux Presses universitaires de Strasbourg, j’essaie de faire en sorte que du logiciel libre soit employé au travail. Le fait que les PUS se soient engagées vis-à-vis de l’Open Access aide beaucoup.

Ma conf « Éditer pour une science ouverte – les logiciels libres et l’édition scientifique » portait sur l’Open Access, l’Open Science, et l’usage que peuvent faire des presses universitaires (celles qui sont publiques) des logiciels libres.

À un niveau plus technique, elle parlait de texte balisé / enrichi, un peu de LaTeX, mais surtout du XML, de la Text Encoding Initiative, et de la chaîne éditoriale Métopes (2.0 alpha et des brouettes).

Les diapos, la bibliographie, l’iconographie sont disponibles sur le dépôt GIT qui va bien. Il faut XeLaTeX, Pandoc et la sympatique fonte Linux Libertine pour recompiler les documents, mais le PDF de la présentation est bien présent sur le dépôt.

Si vous n’avez que quelques minutes, regardez cette vidéo de Datagueule, qui est une excellente introduction au sujet.

Que retenir de cette expérience ? J’ai semble-t-il réussi à particulièrement intéresser au moins deux personnes sur la douzaine-quinzaine présente. On parle de presses universitaires, d’édition scientifique, je conviens que de prime abord, le sujet ne soit pas « sexy », encore plus à l’heure de la digestion dans un amphi un peu sombre… Mais ça n’est pas ça qui va me décourager. Il y a eu une réaction un peu scandalisée / rire nerveux quand j’ai expliqué comment l’État, du fait du système actuel de l’édition scientifique, payait ses chercheurs pour pouvoir ensuite payer pour l’accès aux recherches qu’il avait lui-même financé (bonjour le voyage en Absurdie).

Tout comme d’autres, j’ai eu des « bugs », des trous, des instants déstabilisants. Ce sont des choses qui arrivent lors d’une conf’ et c’est ainsi qu’on apprend. L’Open Access a de gros enjeux d’émancipation individuelle et collective2, de favorisation de l’esprit critique.

Accessoirement, j’ai relevé dans cette conférence le manque d’un IDE XML libre, un sujet dont j’ai déjà parlé dans ce blog, et un manque que je tente à mon niveau de résoudre. Toute contribution est bienvenue.

Educating about open documents

Cette conférence examinait les différences entre les formats ouverts (particulièrement ceux employés par LibreOffice) et les formats soit-disant ouverts de Microsoft Office.

En entrant dans les détails on se rend compte du niveau de folie furieuse du « standard » OOXML employé dans les DOCX, XSLX, et compagnie. Bien qu’étant virtuellement des implémentations du standard OOXML, les DOCX, XSLX, etc… sont formés de façon si incohérente qu’on légitimement douter de l’existence d’OOXML tout court.

Mais cette folie technique a finalement du sens, car elle rend compliquée l’intéropérabilité des formats de Microsoft, en intégrant des portions de code parfaitement inutiles, mais dont Microsoft est certain que seuls ses outils peuvent bien comprendre. Le but ? Faire en sorte que les gens restent sur du Word, du Excel, et plomber les applications concurrentes grâce à ces parties non-documentées.

Cela n’a rien de bien nouveau, Microsoft étant passablement une des firmes les plus malfaisantes au niveau du logiciel, mais une démonstration par l’exemple a de quoi impressionner.


  1. Quelquefois, la dynamisation d’un secteur se fait plutôt à la dynamite.

  2. Si tant est que ces deux émancipations soient distinctes l’une de l’autre, et pas inter-dépendantes.


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