GNU/Linux et moi : whaa, 10 ans !

Ça va faire bientôt 10 ans que j’utilise GNU/Linux. L’occasion pour moi de tenter une petite retrospective.

Ça va faire bientôt 10 ans que j’utilise GNU/Linux. L’occasion pour moi de tenter une petite retrospective.

Dans l’épisode précédent…

J’ai commencé à utiliser de l’informatique avec Windows 3.1, ou plutôt, DOS + Windows 3.1: l’ordinateur s’allumait, DOS se lançait, et on tapait la commande « win » pour lancer Windows. Ça reste pour moi la meilleure version de Windows, malgré des limites (par exemple, les noms de fichiers limités à 8 caractères). File, Cancel sont probablement les premiers mots d’anglais que j’ai appris dans un système entièrement anglophone et en noir et blanc.

Screenshot Windows 3.1
Comme quoi Microsoft a réussi à faire une interface utilisable

La découverte d’Ubuntu - à l’époque un GNOME 2 très léché, avec un thème marron-orange1 - est pour beaucoup dans mon usage de GNU/Linux. À l’époque, j’utilisais un ordinateur doté de Windows 2000, puis XP, et rien ne changeait vraiment de mes habitudes. Je trainais sur CrystalXP.net pour personnaliser l’apparence de l’ordinateur, jouais à Age of Mythology… ou au traitement de texte.

Je supprimais au pif des fichiers .dll dans System32 pour voir ce que ça faisait - et c’est ainsi que j’avais fait disparaitre l’invite de login de Windows XP, m’obligeant à le réinstaller.

Je n’avais pas Internet, je complotais pour lire des tutoriels sur de la programmation, RPG Maker sur les ordis du lycée, avec une petite angoisse lors des transferts de PDF de developpez.com. Winamp 5 est alors pour moi le meilleur lecteur audio, j’ai un lecteur spécial pour le format vidéo DivX…

screenshot Winamp5
Ça pétait la classe, je vous jure

Et puis j’ai 16 ans, et je bosse comme saisonnier agricole, histoire de me payer un ordinateur portable. Quand je ne bosse pas, je suis très attiré [no mecanophilie included] par l’ordinateur d’un ami, utilisant un étrange et très joli système:

Ubuntu Feisty Fawn
Nostalgie over 9000.

C’est Ubuntu Feisty Fawn, avec GNOME 2. Les fonds d’écrans peuvent être des PNG avec de la transparence, on définit la couleur de fond, et hop on a un fond d’écran différent. Quand dans le navigateur de fichiers, on survole un fichier audio, un phylactère2 avec une note de musique à l’intérieur s’affiche et commence à jouer le morceau. Les applications sont rangées par catégories, de façon rationnelle et systématique − pas comme Windows où le classement des applications dans le menu démarrer est un joyeux bordel, entre catégorie d’application, nom de la société - ou pas de classement du tout! Le bureau n’est pas encombré d’icônes, les icônes on peut les redimensionner à mort, et puis: IL Y A PLUSIEURS BUREAUX #mindblown

À l’époque, j’ai entendu parler de GNU/Linux une ou deux fois… dans des articles consacrés à Windows Vista, que j’attendais avec une certaine impatience.

Certains raillent Ubuntu en déclarant que ce n’est qu’une Debian Testing configurée. Ils ont raison, mais malgré mes tendances à bidouiller l’informatique - à vouloir comprendre pourquoi ça marche, pourquoi ça marche pas, « qu’est-ce que ça fait si je modifie ce menu en anglais [que je ne sais pas encore lire]? », ce qui m’a amené à utiliser GNU/Linux, c’est avant tout l’aspect visuel attrayant, et ma curiosité.

Si l’on m’avait présenté un ordinateur fonctionnant avec Ion3, comme le mien actuellement, j’aurais sans doute eu beaucoup moins d’enthousiasme et de curiosité.

Screenshot i3
Le minimalisme, c’est bien.

La plongée

Avec un nouvel ordinateur, je commence à tester Ubuntu sur l’ancien. Ce qui est bien, c’est qu’il y a des logiciels sympas préinstallés. Pas les merdes liées au constructeur de l’ordinateur sous Windows − MacAfee je te vois − non, Firefox, Evolution, Gimp, quelques jeux et d’autres choses. Par contre, j’arrive qu’à lire des fichiers OGG dans Rythmbox et j’essaie de trouver les codecs.

À ce moment là, je découvre ce qu’est un gestionnaire de paquet (Apt ici). Je trouve l’idée bizarre. Et parce que je n’ai pas Internet, je trouve même cela très chiant . - je peux consulter ce qu’il y a dans les dépôts, mais pas le télécharger chez moi. Donc avec Synaptic je fais des listes papier de dépendances et au lycée, je télécharge quelques fichiers un à un. Un foutu tonneau des danaïdes3.

Comme je m’intéresse à la programmation et que je n’ai pas encore Internet, j’essaie de programmer avec des logiciels que j’ai déjà, avec des langages que j’ai déjà. Les langages C,
Python, et Ruby bénéficient de cet état de choses.

Je commence avec IDLE et Scite. Hello Word et compagnie. Je ne suis pas gêné, ni surpris, je programme déjà (très mal) avec ma calculatrice.

Ce qui est nouveau, c’est que je passe rapidement au terminal. cd, ls, rm. Il y a une commande avec rm qu’il ne faut pas faire. Au lycée, je lis le forum et la documentation d’ubuntu-fr. Je fais des petits jeux de gestion dans le terminal, inspirés de Dungeon Keeper.

J’essaie même de coder un petit éditeur de texte, spécialisé dans l’écriture de poèmes; dans son principe, ça aurait pu ressembler à Ed.

Sur Windows 3.1, je cherchais des dossiers avec des fichiers intriguants (comme des .com, des .exe) − du coup, avec un terminal bash configuré pour avoir de l’autocomplétion, je prends des commandes au pif, et les lance avec --help, ou je fais un man dessus. Un week-end, je découvre dans mon terminal, un éditeur bizarroïde nommé Vim, en fait vim-tiny. J’arrive pas à écrire du texte dedans. Ça m’énerve, mais en même temps, ça me réjouit: J’aimerais bien l’utiliser.

Le lundi, je vais comme d’autres proto-geeks / proto-nerds sur le (défunt) Site du Zéro, et je tombe sur la partie du cours sur GNU/Linux qui parle de la ligne de commande. Coup de chance, Vim est abordé.

J’arrive pas à utiliser mv. Un soir, je vais à une Ubuntu party sur Paris, dans le sous-sol de la Cité des Sciences, et à une conférence, c’est l’étincelle: je ne comprenais pas qu’il servait à déplacer et renommer les fichiers.

Et je plonge assez naturellement dans GNU/Linux.

Avec Internet

Quand j’ai pu avoir Internet chez moi, je me suis mis à tester tout ce qui m’intéressait dans les dépôts. Après, je bidouille encore. J’essaie les différents environnements, KDE 3, puis KDE 4, mais c’est lourd, lent, pas pratique. Ce qui m’empêche pas de me vanter avec Compiz et Beryl.

Ubuntu évolue, à chaque fois en mieux. Je finis par installer GNU/Linux sur mon nouvel ordi. Au départ en dual-boot, mais très vite, je passe tellement de temps sur Ubuntu que je finis par supprimer Windows purement et simplement. À l’époque Steam sur GNU/Linux relève de la science-fiction, donc je me retrouve plus ou moins sans jeux, hormis ceux que Wine parvient à faire fonctionner, mais ça ne me manque pas vraiment.

Après, Ubuntu a fait un peu n’importe quoi, dont Unity (2011-2017 RIP), les liens avec Amazon (2012); de manière générale, on peut ajouter sa « collaboration » orageuse avec Debian, la volonté de réinventer la roue, ou plutôt de faire des trucs dans son coin, comme Mir ou Upstart…

Et maintenant?

J’ai testé Debian, Crunchbang, Linux Mint4, Arch Linux, pratiquement tous les gestionnaires de fenêtres, tous les environnements conséquents (je ne parle pas ici des environnements ephémères des distributions GNU/Linux qui ne passent pas l’année ou qui sont juste des Debian à thème).

Il me reste des distributions à tester: Fedora (installé à l’UBS, mais je vois pas tellement ce que Fedora apporte par rapport à une Debian), Gentoo (autre chose à faire que de tout compiler). En machine virtuelle, j’ai vaguement testé feu Mandriva, OpenSUSE…

Je me suis fixé sur une dérivée d’Arch Linux, Manjaro (je suis un grand fan d’AUR).

Windows est revenu en dual-boot, pour des questions professionnelles, le milieu de l’édition utilisant la suite Adobe. Et Steam est arrivé, avec ses jeux pour GNU/Linux.

Pourquoi, en définitive, est-ce que j’apprécie autant GNU/Linux?

Certes, après une belle découverte, une conversion technique ou religieuse, un coup de cœur au cinéma, une lecture d’un livre foudroyant, on peut être pris du fanatisme du converti (mais tenir dix ans à ce régime, c’est impossible sauf en restant parmi des convaincus, mais alors là, quel ennui).

Ce que je chéris dans GNU/Linux - c’est-à-dire dans le logiciel libre et la culture qui s’y rattache, c’est la façon dont il accélère, valorise, augmente l’envie d’apprendre toujours plus, et de créer toujours plus. C’est la façon dont il favorise les échanges, mais des échanges entre égaux, la façon dont il instille des comportements démocratiques vers des œuvres5 communes. Un tel espace est fondamentalement socialiste.

Notes

  1. J’ai jamais pu blairer le thème violet dégueulasse qui a suivi.

  2. Une bulle de bande-dessinée, quoi.

  3. Sous cet angle Snap est plutôt une bonne chose même si contrairement à l’article, je ne considère pas que Snap va remplacer les autres systèmes de paquets.

  4. Dont LMDE, qui n’est pas qu’une mutuelle étudiante :)

  5. Non, pas des projets. Les projets, c’est de la novlangue.


Aucun commentaire.