Mind Field, « Isolation » : le grand malaise

Le premier épisode de la série Mind Field par Vsauce est assez malsain…

Le 18 janvier, l’excellent vulgarisateur scientifique anglophone Vsauce publiait le premier épisode de sa série Mind Field, diffusée via le programme Red de Youtube aka une formule premium de Youtube disposant de programmes originaux.

Vu ce que fait Vsauce, tout indique que la série soit de bonne qualité.

Sauf que…

Sauf que la forme de l’épisode est différente de ce que fait Vsauce habituellement, et se rapproche plus d’un format télévisuel.

En fait, l’épisode reprend plutôt la forme des documentaires plus ou moins bons, diffusés sur la 5, sur Arte, ou… Historia. Entre deux navets, certains documentaires de ces chaînes ne sont pas mauvais, mais ils doivent tout de même se vendre - d’où une scénarisation rapidement insupportable. C’est le fameux « mais de nouvelles découvertes vont bouleverser cette hypothèse » des documentaires d’histoire ou d’autres sciences.

La scénarisation n’est pas forcément un problème, et il y a quelques bons exemples à la télévision comme sur le web, de programmes pertinents, en particulier sur l’histoire (Confessions d’histoire) le cinéma (Unknown Movies, NEXUS VI, le Fossoyeur de Films dans ses derniers épisodes, par exemple) mais aussi sur des sujets plus techniques (Truquiste).

Vsauce, dans cet épisode, parle de la privation sensorielle. Pourquoi pas? Le sujet est aussi intéressant qu’un autre, là n’est pas le problème.

Les ennuis commencent vraiment quand à la mauvaise scénarisation s’ajoute une dimension spectaculaire proche de la télé-réalité. En effet, à titre d’expérience, Vsauce va rester dans une pièce blanche, constamment éclairée, ne disposant que d’objets blancs, de nourriture sous forme liquide, pendant 3 jours. Pendant ce temps, il est observé par sa famille et deux scientifiques.

Même si la situation est sous contrôle, et qu’il y a du montage, il faut tout de même rappeler que Vsauce se met dans une situation de torture psychologique pendant que sa famille regarde (et dont les réactions sont également filmées). Ce qui est particulièrement malsain.

Que dire de plus?

Cette expérience, annoncée en grande pompe au début de l’épisode, n’a en tant que telle, aucun intérêt: il s’agit avant tout d’une démonstration de tout ce qui a été expliqué auparavant (contenu qui par ailleurs était très intéressant). Faut-il pour autant voir quelqu’un se placer dans une situation pareille pour être convaincu? Non. Que nous reserve-t-il la prochaine fois? Va-t-il se placer sur une chaise électrique pour illustrer pourquoi un choc électrique peut être néfaste à la santé?

Pourquoi un épisode pareil? On peut essayer de répondre en quelques points.

Achète ma série !

D’abord, cet épisode pilote est le produit d’appel de la série: si vous l’appréciez, il y a des chances que vous achetiez les huit autres. Ce qui n’est pas anodin du tout, pour assurer le succès de votre série, il s’agit de frapper fort, en l’occurence, produire une version scientifique et masochiste de Loft Story.

Renommée, spectacle et tire-larmes

Ensuite, Vsauce est relativement connu dans son domaine. Pas tellement en France - barrière de la langue, tout ça - mais assez pour avoir plus de 11 500 000 abonnés et travailler avec deux autres personnes sur trois chaînes Youtube.

Le personnage public de Michael Stevens a donc une certaine notoriété, et c’est peut-être de là que vient l’utilisation de sa famille dans cet épisode: les abonnés Youtube finissent généralement par poser des questions personnelles qui aboutissent en FAQ(s). Ce qui affecte la personne devant la caméra affecte aussi sa communauté - c’est vrai pour le cinéma, mais ça l’est encore plus sur le web.

À partir de là, la tentation du pathos est encore plus forte, d’autant que le procédé est efficace: en bien ou en mal, on parle, et je ne fais pas autre chose.

Qu’en faire ?

En ce qui me concerne, je ne regarderais pas ces épisodes, que je doive payer pour les voir ou non. Un programme qui, malgré ses qualités, utilise des ficelles télévisuelles nauséabondes, ne devrait même pas exister, tout comme la section « Tendances » de Youtube, la foire à étrons du web.

Entre deux épisodes de Mind Field, les épisodes de Vsauce continuent, et c’est ceux-là que je regarderai. Et que vous devriez aussi regarder si vous ne connaissiez pas avant ce billet.


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