L’homme approximatif, Tristan Tzara

Impressions quant à L’homme approximatif, de Tristan Tzara

On exige d’un auteur la politesse d’être citable − la citation est un droit (qui a ses limites), mais ce n’est pas ce qui m’intéresse ici.

Un auteur poliment citable est auteur dont les textes se citent aisément, dont les citations de ses textes sont formées aisément en tant qu’unités de sens autonomes et valides. Chez ces auteurs là, la citation apparaît complète.

[CITATION NEEDED]

« Citation needed » par futureatlas.com, CC-BY

Pour la plupart des auteurs, ça se fait bien; poètes réguliers de la strophe, orateurs argumentateurs (ce qui relève aujourd’hui de l’espèce en voie de disparition), romanciers à parties; écrivains de parti bien arrêtés sur ce qu’il faut dire ou bien arrêtés urgemment pour avoir dit ce qu’il ne fallait pas.

Chez d’autres auteurs… l’affaire est plus compliquée. Ceux qui éclatent la syntaxe, suppriment la ponctuation. Ceux qui font de la destruction et du défi la condition d’une œuvre admirable, comme les dadaïstes et Tristan Tzara.

J’ai lu pour la première fois Tzara en attendant les Restos du Cœur. J’avais réussi à emprunter des bouquins, mais comme d’habitude (parole d’intello’), je n’en avais pas assez, et c’était le dernier. Je fus ébahi dès la première ligne de l’Homme approximatif.

Quand je veux montrer à me amis ce livre, pour leur dire à quel point il est bon, je finis par me retrouver à devoir le citer… et c’est toujours un ratage complet, tous y trouvent à redire, et moi plus encore.

Il n’y a a pas de phrase, de couplets, de strophe, de passage emblématique. Ce qu’il y a, c’est un continuel coup de tonnerre poétique, si étendu que de page en page, de ligne en ligne, on ne trouve pas de partie solitaire et réduite à elle-même. À quelle page commencer, à quelle ligne s’arrêter? Pourquoi faire ça?

J’ai fini par posséder un exemplaire, que je relis souvent, sans déterminer s’il s’agit du livre que j’ai lu la veille, ou le matin-même.

Tout se passe comme si cette œuvre était ma fontaine de Barenton personnelle, dont la lecture suscite l’orage. Je ne sais pas quoi penser du reste.


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