Wikisource et la pêche au beau

…et non pas au gros.

Si on est un peu curieux, qu’on a un peu de goût pour l’histoire, user de la page « Un texte au hasard » de Wikisource peut être une expérience très intéressante. Ou pas; cela peut en tout cas devenir un trou noir à temps − cet espèce de monstre chronophage des Zinternets comme le sont aussi Reddit, 9Gag et les autres…

1

Un poème sur ma ville natale. Vu l’internationale renommée de cette ville de 17000 habitants, c’est étonnant. Malheureusement, le texte est anti-allemand (mais en 1871, c’est compréhensible)… et antisémite.

« un poème immortel »?

Celui qui a publié chez Lemerre, éditeur des parnassiens (Gautier, Banville, Lecomte de Lisle, Heredia…) et dédicacé à ce qui semble être un architecte Art-Nouveau, aurait mieux fait de se taire.

Marque d’éditeur de Lemerre

La (célèbre) marque d’éditeur de Lemerre

Quand au collège dont il est question, il semble qu’il s’agisse du collège (privé) Sainte Cécile. Sur le site web du collège, disparu depuis un certain temps, on précise en effet qu’en 2007, l’établissement aura 120 ans − il a donc été crée en 1886-1887.

2

Le droit des gens, tome 2. Où il est question de guerre et aussi de répondre à cette importante question: est-il pertinent d’empoisonner les puits?

3

Les serments de Strasbourg (Strasbourg = Argentariae), texte qui serait assez anecdotique s’il n’était pas considéré comme le texte signalant la naissance de la langue française.

Pas franchement une découverte dans mon cas.

Dans les faits, c’est du francique et du roman, dans tous les cas, du latin mal dégrossi. Si vous trouvez que l’Ancien Français ne ressemble à rien (bon déjà c’est faux), lisez un peu ça.

Extrait

Extrait

4

Un Dictionnaire érotique moderne, de 1874. Intéressant d’un point de vue historique et lexical. Comporte pas mal d’expressions improbables, désuètes jusqu’au ridicule, ou encore en vigueur (si l’on peut le dire ainsi). Par contre il faut faire face à la bêtise de l’époque.

5

L’art de lire, d’Émile Faguet, critique et « auteur scolaire ». Également anti-dreyfusard. Globalement sans intérêt, mais il y a des fulgurances:

Les études scolaires inspirent à jamais l’horreur du beau à ceux qu’elles ont ennuyés. À la vérité, il est évident qu’ils l’avaient déjà, mais ces études l’ont comme violemment développée. Figurez-vous un enfant qui, de naissance, n’aimerait pas la musique et que, par autorité paternelle, on aurait fait jouer du violon pendant dix ans : il ne pourrait plus passer devant un marchand d’instruments de musique.

À vrai dire, j’espérais tomber sur un flot de condamnations dans le chapitre consacré aux mauvais auteurs. Mais non, il semble que Faguet ait compris que ceux qui condamnent leurs contemporains un peu tôt ont un gros risque de ridicule posthume. Tout au plus range-t-il Mallarmé dans les auteurs « obscurs », ce qui se conçoit.

6

« Les tribunaux pour enfans », publié dans la Revue des Deux Mondes en 1909. Article assez intéressant d’un point de vue historique, puisqu’il évoque la création de tribunaux spécifiques aux jeunes et enfants. Et aussi parce qu’à quinze ans, en 1909, on était un enfant, comme quoi la pensée de l’enfant (et la création de l’adolescent) est récente.

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